Vous êtes en United States ? Visitez notre site français.

Hô Chi Minh City

Il est sept heures. Hô Chi Minh City s’éveille au son des klaxons. A l’aéroport Tân Son Nhat, le plus grand du Vietnam, l’autocar attend les croisiéristes pour les conduire au cœur de cette métropole bourdonnante aux treize millions d’habitants. A peine lancé sur l’asphalte brûlant, le voici happé par la fureur de la ville, déjà livrée à des millions de « Xe May », ces mobylettes pétaradantes qui se déplacent telles des bancs de sardines, chargées parfois de familles entières, d’animaux de toutes espèces ou autres improbables marchandises. C’est un ballet frénétique, une impressionnante chorégraphie urbaine où tout se joue au millimètre. Dans cette ruche en mouvement perpétuel où les feux tricolores sont purement ornementaux, le piéton, intrépide, doit obéir à des codes singuliers : « Si tu veux traverser une avenue, fais-le à pas lents et assurés, sans jamais t’arrêter ni accélérer : ce sont les véhicules qui t’éviteront », rigole Tiep, le guide local, particulièrement zen. 


Comme trente millions de Vietnamiens, il s’appelle Nguyen, le nom de la dernière dynastie impériale. Et il parle la langue d’un pays dans lequel il n’est jamais allé. La France. Il faut se rendre dans le District numéro 1, loin du tumulte, pour remonter le temps et en respirer le souvenir, lorsque Hô Chi Minh City s’appelait encore Saigon, capitale du protectorat de Cochinchine depuis le milieu du XIXe siècle. Dans ce quartier au charme suranné vit encore la mémoire du passé colonial de la « Perle de l’Extrême Orient ». Celui d’un art de vivre au doux parfum d’indolence, de langueur et d’opium, lorsque le long de l’élégante rue Catinat (aujourd’hui baptisée Dong Khoi, « Rue de l’Insurrection générale »), battait le pouls de celle qui ressemblait alors à un « petit Paris ».

Il reste de la présence française, qui prit fin en 1954, de splendides édifices comme la cathédrale Notre-Dame aux briques orangées, la Poste centrale et son mariage de pierre, de verre et de fer conçu par Gustave Eiffel, l’Hôtel de Ville à la façade jaune pastel, le majestueux Opéra et ses sols de granit, le pavillon Blanchard de la Brosse (aujourd’hui musée de l’histoire du Vietnam), la résidence du Conseiller commercial d’Indochine (devenue le lycée Marguerite Duras) ou encore le légendaire hôtel Continental, somptueux écrin où séjournèrent les plus illustres personnages, d’André Malraux à Catherine Deneuve. Et si l’imposante statue de « l’oncle Hô » (Hô Chi Minh, littéralement : « Celui qui éclaire »), qui domine une place bordée de frangipaniers, rappelle que le pays a acquis son indépendance de haute lutte après deux guerres, bon nombre d’habitants continuent de nommer leur ville Saigon et d’utiliser des mots directement dérivés du français, comme « Cà Phê », « Sô Cô La », « Giam Bông » ou « Mang Tô »…


À « HCMV », l’ouverture de la première ligne de métro est prévue dans deux ans. Comme tous les deux ans. En attendant, pour se rendre à Cholon, ancien faubourg avalé par l’urbanisation galopante, le car doit emprunter un dédale de ruelles animées, cerné de toutes parts par l’inévitable nuée de mobylettes aux pilotes masqués et gantés. « Les femmes, surtout, se couvrent le plus possible afin de se préserver du soleil, car pour elles, le critère de beauté est d’avoir la peau la plus claire possible », explique Tiep. Une chance : le marché Binh Tay est à l’ombre. Ici, comme dans tout le District numéro 5, règnent les Vietnamiens d’origine chinoise, les « Hoa », maîtres absolus du commerce. Et se lancer à l’assaut de cet entrelacs d’échoppes foisonnantes est la promesse d’une aventure riche en couleurs, odeurs et saveurs.

Binh Tay palpite, vibrionne et déborde de l’enceinte couverte jusqu’au pavé, investi par les vendeurs ambulants accroupis devant leurs étals de fortune ou croulant sous le poids de leur palanche. A Cholon, joyeux bazar chamarré, vociférant et formidablement vivant, on trouve tout, moyennant quelques dongs (la monnaie locale). Des étoffes aux épices, des chapeaux coniques aux effigies de Bouddha, de l’hippocampe séché à l’anis étoilé, des fruits exotiques aux nids d’hirondelle, des poissons rouges aux coqs de combat, sans oublier le riz de toutes variétés (la « ST 24 », aux longs grains blancs et aromatisés, a été sacrée championne du monde cette année aux Philippines) les soupes parfumées au Nuoc-mâm et aux tendons de porc, ou encore les étoiles de mer et l’alcool de serpent, très prisés pour leurs propriétés aphrodisiaques.

On trouve aussi dans ce Chinatown fourmillant une multitude de lieux de culte, comme le magnifique temple taoïste de la « Dame céleste », le plus ancien de la ville (1760), dédié à Thien Hau, protectrice des marins. Deux statues de lions, un mâle et une femelle, en gardent l’entrée, maintenant hors du lieu sacré les esprits malfaisants, tandis que devant la pagode finement ciselée, des jeunes femmes vendent des oiseaux vivants, destinés à être lâchés en offrande après la prière.


Suspendues, des spirales d’encens porteuses de vœux se consument lentement au-dessus des statues de bois précieux, invitant au recueillement, à la paix intérieure et à la sérénité. Loin, très loin de l’exubérante métropole, tandis qu’au soleil couchant les essaims de « Xe May », tous feux allumés, composent un fascinant tableau de lumières. Voici venu le moment de regagner l’Indochine II, amarré en plein cœur de la ville. Sur la rivière Sài Gòn, les ombres violettes des barques s'allongent dans la brume du soir. Il est dix-neuf heures. Hô Chi Minh City, où le temps ne s’arrête jamais, s’éveille à la nuit…



Écrit par Thierry Hubac

CroisiEurope utilise des cookies afin de vous permettre de profiter de services et offres adaptés à vos besoins. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Pour plus de détails, cliquez sur "En savoir plus".

PERSONNALISER