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Phnom Penh

Il fait nuit. Au loin, des lumières découpent l’horizon et se détachent dans un ciel d’encre. L’Indochine II approche de Phnom Penh. Bientôt, les silhouettes massives des buildings se font plus nettes, les néons scintillent, éclatent et crépitent, colorant les eaux calmes du Mékong de longs traits de lumière. On entend le tintamarre des moteurs et des klaxons et, lancinantes, les pulsations d’une musique rock qui s’échappent d’un rooftop. Koh Pich, « l’île du Diamant », ne dort jamais. Cette petite excroissance de terre située au cœur de la capitale et au confluent des « Quatre bras » (le Mékong supérieur, le Mékong inférieur, le Bassac et le Tonlé Sap), est devenue le terrain favori des promoteurs immobiliers, le jardin des grandes marques et le QG de la jeunesse dorée. Ici se côtoient puissants 4x4, boutiques de luxe, skybars branchés et restaurants gastronomiques, où l’on savoure des « Demoiselles du Mékong », crevettes géantes aussi rares qu’exquises. Au détour de larges avenues arborées, on trouve même à Koh Pich un mini parc d’attractions et une réplique - à l’identique - de l’Arc de Triomphe parisien. Difficile d’imaginer qu’il y a à peine quarante ans, cet ancien îlot de pêcheurs n’était qu’une lande poussiéreuse et déserte.


« Le Cambodge est en pleine expansion et nous avons chaque année une forte croissance économique », explique Chhayavong, le guide du jour. Le développement de son pays fait la fierté de ce quinquagénaire érudit, qui a souffert dans sa chair de la sanglante dictature des Khmers Rouges, entre 1975 et 1979. « Trois ans, huit mois et vingt jours de cauchemar », assène-t-il froidement. Chhayavong a subi la torture et il a perdu son père, un frère et une sœur, emportés comme plus de deux millions de Cambodgiens par la folie sanguinaire de Pol Pot, dans l’un des plus terribles génocides de l’Histoire. Aussi, lorsqu’il conduit les visiteurs dans les entrailles de Tuol Sleng, le tristement célèbre camp « S-21 », l’émotion est palpable. Entre les murs de cet ancien lycée reconverti en prison et désormais en musée, dans des cellules d’un mètre sur deux, ont transité plus de 20 000 hommes, femmes et enfants, considérés comme « suspects ». Beaucoup y ont péri dans d’atroces circonstances, les autres ont été déportés dans les « Killing fields » de Choeung Ek, pour y être exécutés à l’arme blanche. Leur regard, apeuré, vide ou frondeur, est aujourd’hui figé sur des pans entiers de photos en noir et blanc, témoins silencieux de l’horreur.


Sur Sihanouk Boulevard, le chauffeur s’avance, paré de son plus beau sourire : « Tuk-Tuk, Sir ? ». Va pour un Tuk-Tuk. Le pittoresque tricycle motorisé, qui fait généralement office de taxi, s’élance pleins gaz dans les rues de la métropole. Il bondit, slalome et hoquète, il bringuebale et louvoie, double à droite et à gauche, au-dessus et au-dessous s’il le pouvait puis, dans un crissement de pneus et un dernier souffle de fumée, stoppe sa course devant le mur d’enceinte du Palais Royal.


Âme emblématique de la nation, résidence du souverain « maître de la terre et de l’eau », cet ensemble de somptueux édifices construit en 1866 sur les vestiges d’une ancienne citadelle, est le symbole de la richesse de l’architecture khmère.

Chaque regard s’y nourrit d’inestimables trésors : les imposants stupas, monuments funéraires finement ciselés ; la prestigieuse salle du Trône, dont la flèche centrale est surmontée d'une tête de Brahma à quatre visages ; le Pavillon Napoléon III, inspiré par Gustave Eiffel et offert au Roi du Cambodge par l’Empereur des Français ; mais aussi et surtout la fabuleuse Pagode d’argent, au sol recouvert de 5 329 dalles d’argent, qui abrite les statues du Bouddha Maitreya – 90 kilos d’or incrustés de 2 084 pierres précieuses – et du « Bouddha d’émeraude », tout en cristal de Baccarat.


Loin des artifices de Koh Pich, tandis que le soleil darde ses plus féroces rayons, nos pas nous conduisent ensuite autour du marché central, grouillant sous sa haute coupole. C’est là, dans un dédale de rues populeuses, que bat le cœur de Phnom Penh. On y croise des diseuses de bonne aventure, des statues de Nagas ou de Ganesh, des coiffeurs et des barbiers à ciel ouvert, des garagistes de fortune, des boutiques de poivre de Kampot et de lait de coco, des vendeurs de charbon, de paniers de bambous tressés, de nattes de jonc multicolores ou de kramas, ces typiques foulards de coton à carreaux ; mais aussi des charrettes chargées de fruits, de céréales et d’épices, des marchands de jus de canne ou de soupes rehaussées de prahok, un condiment à base de poisson fermenté dont les Cambodgiens raffolent et enfin, puisqu’ici - dixit Chhayavong - « tout ce qui a quatre pattes se mange, sauf les tables et les chaises », des échoppes où l’on déguste, frits ou grillés et accompagnés d’une bière locale, des petits crapauds tendres et parfumés, des criquets croquants et des vers à soie bien dodus.


Le soir est tombé sur la ville, maintenant nimbée d’une légère moiteur. Amarré au bout du quai Sisovath, la « Croisette de Phnom Penh », à quelques encablures du marché de nuit, l’Indochine II a ouvert sa passerelle à des nymphes célestes : les Apsaras. La jeune troupe d’un orphelinat local, parée de ses atours colorés, est venue offrir aux passagers un superbe spectacle de danse traditionnelle khmère, jadis réservé au Roi et à sa cour. Le ballet est envoûtant, d’une exceptionnelle pureté, et chaque geste, chaque posture (il en existe plus de 4 000 !) y revêt une signification précise. Et lorsque les dernières notes s’estompent, les Apsaras, messagères de paix, de générosité et de clémence, se retirent en laissant dans leur sillage des tapis de fleurs de jasmin et de lotus. Légères, fluides et graciles, elles semblent alors glisser sur la surface de l’eau, comme demain sur le Tonlé Sap glissera le bateau, en route vers de nouvelles merveilles.

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